Le Comte de Monte-Cristo (2024) ou le sursaut glorieux du romantisme dumasien

Plongée émue dans le réveil du triomphal potentiel du cinéma français d'aujourd'hui.

Les songes hors série
3 min ⋅ 03/07/2024

Difficile, en cet instant précis, alors que je sors à peine de la salle, de ne pas vous confier un avis “à chaud” du film Le Comte de Monte Cristo, avec Pierre Niney et Jean Lafitte, des réalisateurs Alexandre de la Patellière et Matthieu Delaporte. Mon lectorat le sait, je ne me lance qu’avec beaucoup d’hésitation sur des critiques de film, m’épanchant plus volontiers sur des coups de coeur littéraires. Mais il n’est jamais trop tard que pour voir un avis muter. Et quel épanchement ai-je ressenti, à la contemplation de ces presque trois heures de film. On pourrait, au vu du nombre d’heures annoncées, croire à un moment difficile, à un ennui mortel… Il n’en est rien. En ce film, adaptation de l’oeuvre éponyme d’Alexandre Dumas père, réside un bon morceau du romantisme et de la palpitation du roman Dumasien. Et puis… mon lectorat le sait, aussi… le romantisme français, et puis, plus largement, le romantisme me séduit tout particulièrement. Ce film m’a touché. Ce film m’a plongé dans ce lyrisme imprégné, dont on ne ressort jamais le même, tel une odyssée, tel l’émotion qui parachève un sentiment et l’illustre dignement.

Qu’est-ce que Le Comte de Monte Cristo ? Assurément, objectivement l’histoire d’une vengeance, subjectivement, l’histoire d’une justice. Un jeune homme, Edmond Dantès, marin de profession, à qui le meilleur arrive. Un titre de capitaine acquis, l’assurance de pouvoir avoir un grade assez satisfaisant que pour assurer sa garde devant une famille assez riche que pour être inquiet de son statut social et pour revendiquer l’amour qui l’unit à la fille de cette famille, Mercedes de Morcerf. Un immense sentiment de bonheur que la trahison et l’injustice, au profit des intérêts de certains particuliers, viendront instantanément rompre, et noircir la fable qui va se transformer en vendetta. Ce film est la garantie d’une plongée saisissante dans la France de la Restauration, où l’on chasse allègrement le souvenir de l’aigle napoléonien. Une plongée dans les coulisses du petit pouvoir et un portrait tiré à fins traits des mœurs de ce, déjà bien entamé, début de siècle dix-neuvième. La réalisation de Delaporte et la Patellière ravive les jalons, que certains mauvais bougres diraient « vers-de-gris » ou « dépassés » du romantisme français et offre une merveilleuse adaptation du roman d’Alexandre Dumas. Et comble de la satisfaction, il attire les foules en salles, et c’est tant mieux, déjà pour le bon cinéma français, que l’on avait presque perdu dans l’usure insatisfaisante de la formule « Clavier » qu’on étire encore à toutes les sauces, et que le film avec Niney redonne la main. Il saisit, tant qu’à faire, celle du spectateur, perdu dans les dédales infernaux d’une production hollywoodienne à bout de souffle, cuisinière d’une recette servie mille fois des « super-héros » que notre société moderne viendrait bousculer. Pas de blague « à la Marvel », pas de Didier Bourdon, à qui le Temps aura volé les trésors et le savoir-faire Inconnus, juste Niney et celles et ceux qui l’accompagnent. Niney pour lequel je n’avais, il faut bien le dire, pas une grande considération, et Dieu comme j’avais tort. Mais que voulez-vous, mon brave lecteur, faute avouée, à moitié pardonnée. Lafitte est très bon dans le rôle du procureur Gérard de Villefort. Il offre cette représentation cynique et jusqu’auboutiste de l’homme de pouvoir sous la Restauration, parachevant presque les portraits sombres des Fouché et autres Talleyrand, et comment pouvoir me séduire autrement qu’en citant anachroniquement une phrase de la pièce Cyrano de Bergerac ?... Le Comte de Monte Cristo est le pouvoir, mais il est aussi l’émotion. Dumas, par ses romans historiques, aura su donner de bien beaux restes de la France romantique. Pour sûr, il y a du Chatterton dans Albert de Morcerf, le fils de Mercedes et de l’horrible Fernand, que la vision du film devra vous faire découvrir. Pour sûr, il y a de l’Histoire, à la Dumas, mais de l’Histoire tout de même, que notre pays aura su maintes fois romancée, pour le meilleur et aussi, il faut bien le dire, parfois pour le pire…

Nous suivons, durant trois heures, les cheminements de la vengeance. On regrette, il est bien vrai le manque de considération donné aux enseignements de l’abbé Faria, enfermé au château d’If. Pourquoi ? Parce que, comme il le dit, le savoir est une arme aussi utile qu’un couteau. Je lui pardonnerai ce léger affront que la réalisation romanticisée aura transformé en suggestion. À la fin, c’est évidemment l’émotion qui perce. Celle d’un homme que l’amertume aura rongé et transformé, mais aussi celle d’un spectateur qui aura été accompagné par des instants d’émotion pure que seuls les grands pontes romantiques auront su nous livrer. Parmi eux, les Hugo, les Vigny, les Lamartine, les Nerval, contemplent, dans leur sommeil timide, que la reconnaissance de littéraires avides de sentiments véridiques viennent réveiller dans leur linceul de gloire étamée.

Il faut voir ce film. Déjà de vos yeux, et ensuite comme l’une des tentatives de sursaut d’un cinéma que l’on croyait effacé dans la facilité et la médiocrité. Ce film est une chance. Il est l’occasion que n’auront pas su saisir Les Trois Mousquetaires de Bourboulon. D’Artagnan aura incliné la vigueur de son épée et chanté, devant un Dantès réincarné, « Un pour tous, tous pour Toi. »


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Les songes hors série

Par Lucas Da Costa